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Mon rédacteur en chef, m'a demandé d'écrire au kilomètre, c'est à dire en Times New Roman, police 14, sans alignement et sans fioritures. L'écriture
journalistique, c'est tout nouveau pour moi. Un DU en poche, un stage de quinze jours dans une rédaction et hop là me voilà pigiste. Tout nouveau, tout beau ! L'exhaltation d'écrire enfin
! Mon petit coeur qui se met à cogner fort dans ma poitrine quand je vois mon nom s'inscrire en lettres d'imprimerie capitales, s'il vous plaît, lors de la parution de mon
premier bébé, heu... article, pardon. Trois mois d'ancienneté et des commandes qui pleuvent tellement que j'ai du mal à suivre. Parce que, je vous explique : le journalisme, c'est en plus de
mon vrai métier, celui qui me nourrit, en bref pas très passionnant !
Quelle reconnaissance pour moi qui ai attendu 15 ans avant de me lancer ! Enfin, vaut mieux tard que jamais, me direz-vous. En même temps, il n' y a pas de quoi pavoiser. J'écris pour la presse
professionnelle, donc mon nombre de lecteurs est très limité et les sujets que je traite, ultra-spécifiques. Si en plus, on rajoute un entourage peu compréhensif, du genre, "à quoi ça te
sert de faire ça ?". Je dirais que je suis super enthousiaste de vivre cette aventure mais, en même temps, me vient un arrière goût de "pas assez" qui pourrait me rendre assez détestable aux
yeux de ceux qui rament pour devenir journalistes. Alors oui, je suis très contente, très fière même si je ne suis lue que par une poignée de fidèles lecteurs et que je n'aurai jamais
le Pullitzer, ce n'est pas grave, l'essentiel est là, écrire.
Cependant, l'expression "Ecrire au kilomètre" commence à me hanter (quelle chieuse je fais là, oui je suis un peu comme ça !). Depuis quelques jours, la plume est plus lourde, empâtée aux
entournures. Enfin, je devrais plutôt dire, mes doigts ne pianotent plus aussi vite qu'avant sur ma bécane et je rame pour atteindre les 7500 signes commandés, en général une broutille pour moi.
"Ecrire au kilomètre" prend alors toute sa signification. Parfois, l'impression d'écrire pour écrire me donne un peu la nausée. Faire du quantitatif au détriment du qualitatif pour rendre les
papiers à temps, ça me rend dingue. Je n'avais pas imaginé que chaque nouvel article serait une remise en question, l'éternelle obsession de bien faire. En même temps, est-ce que j'ai les moyens
de tout lâcher, job peu intéressant, entourage peu compréhensif mais que j'adore, pour m'adonner à mon unique passion : devenir écrivain et vivre de ma plume ? Non je ne crois, pas. Ca
s'appelle peut être grandir...
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