Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 22:22

"- Fonce ma fille, me dis-je, c'est une occasion unique. Il s'intéresse à toi, fonce. Va chercher ce qui te manque.

Je m’embarque sans réfléchir dans cette relation qui me marquera à vie. Je me retrouve ainsi un soir, au volant de ma clio blanche première génération garée sur le parking de la fac, Arnaud assis côté passager, la main dans mes cheveux, me sussurant des mots  doux à l’oreille. Quand je vois passer une de mes copines de fac devant moi, le regard éberlué, je ressens un malaise immédiat. La sensation étrange de fauter, de ne pas être avec la bonne personne au bon moment. Le politiquement correct tente de l’emporter sur l’irrationalité de ma démarche mais ma volonté tenace de rentrer dans le rang des initiés prend le dessus. Je persiste et je signe. Je porte ma virginité et mon inexpérience, à vingt ans passés, comme un fardeau indésirable. Je cherche à m’en débarasser au plus vite, gagner en assurance, ne plus me sentir étrange et étrangère.

Nous nous voyons épisodiquement avec Arnaud. Il est fantasque, spécial et macho. Je me fais à lui comme on se fait à une mauvaise habitude. J’apprends le flirt, l’art d’embrasser, les soirées pizzas devant la télé. J’apprends la vie, mais avec la mauvaise personne. Peu importe, je m’habitue à son odeur, sa golf rouge, ses manières. Tel un caméléon, je m’oublie pour lui plaire, me faisant douce et aimante. Je me fais prendre à mon propre jeu. Nos baisers sont ardents et d’une rare intensité. Je me surprends à les aimer. Cette façon qu’il a d’entortiller sa langue autour de la mienne, j’avoue n’avoir jamais eu autant de plaisir à embrasser quelqu’un. Ses baisers amènent à autre chose. Sa langue intelligente réveille alors les fourmis endormies depuis longtemps et trace un chemin brulant entre mes jambes. Les soirées se succèdent et nos étreintes se resserrent. Mon corps lance des appels désespérés à son corps posé sur moi. Ma langue l’enlace avec plus de vigueur chaque jour. Et un soir, n’en pouvant plus de ces fourmis répandues sur moi, je lui lance à l’oreille « Passons à autre chose, j’en ai envie ». Il ne répond pas, continuant à m’embrasser férocement. Jamais il n’a l’idée de me déshabiller ou de passer sa main à travers mes vêtements. Son inertie me sidère et m’irrite. J’insiste maladroitement : « Peut-être qu’on pourrait passer à des choses plus sérieuses ? ». Je le vois alors s’emparer d’un petit paquet plastifié caché sous sa table de salon. Je comprends alors que ça lui traverse l’esprit depuis plus longtemps que moi et je me réjouis mentalement de la concrétisation prochaine de mon objectif. Nous ouvrons le clic-clac de son petit studio et nous glissons maladroitement sous la couette, le petit sachet plastifié à portée de main. Nos corps se dénudent séparément, rapidement, pudiquement. Se retrouvent chair contre chair, pour la première fois. Mon sexe humide contre son sexe encore mou. Je me rappelle alors la sensation du sexe de mon tennisman sous moi, lors de nos embrassades adolescentes sur la plage. Je me surprends à les comparer immédiatement. Le sexe de mon champion en herbe était dur et vigoureux, bien que je ne l’ai ressenti qu’à travers son short moulant. Celui d’Arnaud directement au contact du mien est petit, rabougri et désespérement mou. Je m’amuse à me frotter contre lui, pour tenter de le ranimer, mais il reste dans son état inerte et l’image d’un spaghetti barilla n°5 trop cuit me vient à l’esprit. Cette comparaison cocasse ne pousse pas à la concentration, mais je continue à m’affairer, conscencieuse et zélée. Le temps passe et nos baisers langoureux commencent à me fatiguer. Je ne comprends pas pourquoi il ne prend pas les choses en main. Il finit par poser sa main sur ma tête et me demander gentiment si je peux l’aider. En même temps, je sens sa main exercer une pression sur ma tête m’intimant fermement d’aller voir en bas ce qui ne va pas. J’ignore alors ce que je dois faire mais je comprends que je dois prendre son sexe dans ma bouche, j’ai déjà vu faire à la télé et je dois avouer que l’idée me répugne. Mais je plonge vaillement entre ses cuisses et enserre son membre endormi entre mes dents. Le contact me glace immédiatement et à peine le mouvement de succion commencé, je perçois un liquide fin s’écouler dans ma bouche. Ce ne sont que les prémisses de son désir mais cela suffit à me dégoûter et je remonte illico en lui disant « C’est dégueulasse ! ». Il insiste, sa main toujours posée sur ma tête. Je rends alors les armes en lui soufflant à l’oreille « Tu sais, c’est la première fois pour moi, je ne l’ai encore jamais fait ». Pas de réponse. J’attends encore. Rien, le silence total, pas le moindre mot à l’évocation de mon inexpérience. Arnaud se retourne sur son clic-clac inconfortable et m’offre son dos en guise de réponse. Je comprends qu’il boude, tel un enfant frustré. Je réalise alors qu’il est aussi inexpérimenté que moi. L’évidence ne me vient qu’un an plus tard avec mon véritable premier amant et amour, dont le sexe averti et usagé est morphologiquement différent de celui d’Arnaud. Je comprends rétrospectivement qu’Arnaud est puceau. Mais à cet instant, je l’ignore. Il est trois heures du matin. Je ramasse mes affaires et rentre chez moi malgré les protestations vives de mon amoureux éconduit pour que je reste dormir chez lui. Je me sens humiliée et une immense honte s’abat sur moi. Nous ne reparlerons jamais de cette soirée."

Par Emi Telga - Publié dans : Mes mots-maux - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 23:42
Autant en emporte le temps
Le constat d'un défilé enivrant
Celui des minutes qui passent
Jusqu'à ce que l'on trépasse

Autant en emporte le temps
Pluie diluvienne et déferlement
D'une onde dévastatrice
Ô combien destructrice

Telle la nuée ardente du péléen
La désolation laissée par l'ouragan vaurien
Ephémère comme la blague potache du carabin
Le souvenir lointain d'un voyage à Pékin

Autant en emporte le temps
Le sillage d'une vague sur le rivage
Une écriture sage mais volage
La certitude inéluctable qui fait rage

Ecrit un soir par Emi Telga, après une semaine de vacances trop vite passée...
Par Emi Telga - Publié dans : Mes mots-maux - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 21:24
"S’ensuit une série de tentatives de masturbations avortées. Je m’enferme parfois, à trois heures de l’après-midi, dans mon petit studio d’étudiante. Les volets fermés, moi couchée sur mon canapé, essayant de me caresser maladroitement et d’assouvir un besoin nouveau. Les petites fourmis entre mes jambes se font insistantes, elles mènent la danse et exigent une récompense. Je me mets alors en tête de trouver un cobaye qui m’initiera à ces choses impudiques et me donnera la légitimité d’exister en tant que « non vierge », à vingt ans révolus. Il s’appelle Arnaud. Nous sommes à la fac ensemble. Même promotion, même âge, même futur métier. Je le remarque, dès le premier jour. C’est un être à part dans tous les sens du terme. A part…  Il ne se mêle que très rarement aux autres étudiants, s’asseyant sur le côté droit de l’amphi, au dernier rang. A part… Physiquement aussi. Grand, dégingandé, maigre à souhait, le visage creusé, une paire de lunettes ajustée sur un nez saillant, une implantation capillaire prenant racine sur un front large et carré. Ce n’est pas le coup de foudre immédiat. Mais il s’intéresse à moi. Je sens ses petits yeux me scruter derrière ses lunettes noires et j’interprète le signe que j’attendais."
Par Emi Telga - Publié dans : Mes mots-maux - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 26 octobre 2009 1 26 /10 /Oct /2009 14:20

"Je n’ai encore jamais flirté avec personne, mis à part ce jeune tennisman talentueux rencontré au Lycée et qui a eu la bonne idée de s’intéresser à moi, malgré mon appareil dentaire et mon apparence de petite fille modèle digne des romans de la Comtesse de Ségur. J’ai alors quinze ans. Un bébé à peine sorti des jupes de sa mère ! Ma première relation ? Etrange et platonique. Une expérimentation des sentiments, des sens, des matières. Le doux frottement de nos corps sur la plage, au mois de juillet. Moi revenant d’une année de fac épuisante, lui à peine sorti d’un stage de tennis pour futur gagnant de Roland Garros. Il est grand, musclé, le visage imparfait mais peu importe. Il est gentil, doux, attentionné et m’aime d’un amour tendre et patient depuis nos quinze ans. Nos corps se frottent l’un contre l’autre, nos langues s’enmêlent et se démèlent sur une plage de sable fin. Je sens monter en lui une raideur nouvelle et amusante. Il me supplie d’arrêter mes petits baisers mouillés sur son torse, sa nuque aux muscles saillants, son visage rougi par le soleil. Je n’ai pas conscience, à cet instant, de l’émoi que je provoque. Je ressens des choses bizarres, un vertige de petites fourmis qui dansent entre mes jambes, l’envie irrépressible de me frotter contre son membre durci par l’envie. Ma première expérience avec mon tennisman gentleman s’arrête à la porte de nos désirs mutuels. Je mets fin à notre relation platonique dès mon retour à la fac par une lettre sèche, lui expliquant que je préfère me consacrer à mes chères études. Je perds là l’occasion unique de m’initier et un véritable amoureux comme on n’en fait plus..."

Par Emi Telga - Publié dans : Mes mots-maux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 22:59

La vie avance si vite qu'elle nous fait oublier l'essentiel : nous sommes des êtres mortels. Cela semble si évident mais si lointain quand on est jeune et en bonne santé. Mais quand les personnes qui ont peuplé votre enfance, s'effacent au fur et à mesure. Je regarde ces photos d'hier et elles me semblent d'aujourd'hui. Pourtant, les personnes qui y figurent ne sont plus de ce monde. Et comme a dit Mitterrand et avant lui Woody Allen et encore avant lui Franz Kafka : "L'éternité, c'est long..."

Par Emi Telga - Publié dans : Mes mots-maux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Bienvenue

Je suis très heureuse de vous accueillir sur mon site et de partager avec vous mon univers. Je vous invite à découvrir le synopsis de mon premier roman "L'impossible équation". Mes mots-maux vous en diront plus sur ma personnalité et mes petits combats anonymes.

Ma réflexion globale porte sur notre société, la vie des uns et des autres, les liens qui les unissent ou les déchirent. C'est la composante sociologique, sans les chiffres, qui m'intéresse ; toucher au plus près l'affect, la détresse et la joie, décrypter les gens, photographier des scènes de vie, comprendre notre place de plus en plus difficile à tenir dans une société individualiste et exigente.

La prochaine étape, l'envoi de mes manuscrits à un éditeur ? Peut-être...

Bonne lecture.

Recherche

Recommander

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus